La baisse du prix du carbone est de mauvaise augure pour les économies d'énergie

Le marché européen du carbone ne cesse de dégringoler. En effet, le prix des quotas d'émission de dioxyde de carbone (CO2) a vu une baisse de 2,81 euros, jeudi dernier. Ce qui devait conforter la politique climatique européenne, qui depuis des mois subit une grande crise de fonctionnement, vient alors de connaitre un taux bas qui va assurément s’inscrire dans les annales.

La baisse du prix du carbone, un mauvais signe pour les énergies renouvelables ?

Chaque année, les 12 000 sites industriels soumis au système européen des quotas ont droit à un plafond d'émission de CO2 (un droit à polluer). Les entreprises qui dépassent le volume qui leur a été alloué doivent alors acheter des crédits sur le marché. À l’inverse, ceux qui ont réussi à réduire leurs émissions peuvent vendre leurs quotas excédentaires. La nouvelle baisse de 40 % du cours de la tonne de CO2 survient après le vote défavorable de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie du Parlement européen envers le plan de soutien avancé par Connie Hedegaard, la commissaire européenne au climat, qui a pour objectif de tenter de remettre à flot le marché du carbone. Le mois prochain, ce vote consultatif sera suivi d’un vote de la commission de l'environnement et d’un débat en séance plénière. Néanmoins, tout cela ne promet pas une reformation du marché du carbone par l'Union européenne.

Le système communautaire d'échanges de quotas d'émissions est embrumé dans un excédent de 1,4 milliard de crédits, notamment en raison d’une baisse de la demande survenue avec le ralentissement de l’activité économique, mais également à cause d’une allocation trop généreuse. Depuis des mois, le prix du quota vogue entre 5 et 7 euros, toutefois, il devrait dépasser les 20euros afin de pousser les industriels à développer de nouvelles technologies propres.

900 millions de quotas à gérer et des économies d'énergie à réaliser.

La Commission européenne propose le gel provisoire de 900 millions de crédits carbone sur les 8,5 milliards qui devraient être mis aux enchères entre 2013 et 2020 afin d’essayer de remonter le cours de la tonne de gaz à effet de serre et d’inciter de manière tacite les entreprises à réduire leurs émissions et à réaliser des économies d'énergie. Cette décision a été prise afin d’éviter de compenser ces derniers en achetant des quotas. Ce plan de sauvetage devait être approuvé avant la fin de l’année dernière, mais a dû être retardé en vue des divergences d’opinions entre États membres. En effet, beaucoup d’entre eux ne veulent pas pénaliser la compétitivité de leur économie en augmentant le prix du carbone.

Par ailleurs, la Commission européenne avait déjà prévenu que les cours des permis pourraient voir une baisse flagrante en l’absence d’un plan de soutien au marché. Il a notamment déclaré qu’« Il pourrait s'agir du dernier avertissement adressé aux gouvernements et au Parlement européen », en réponse à la décision de la commissaire au climat, Connie Hedegaard, qui a appelé les États membres à partager rapidement leurs positions.

Un plan pas vraiment efficace, une place limitée les énergies renouvelables

Isaac Valero-Ladron, porte-parole de Mme Hedegaard, a notamment avancé : « Certains soutiennent cette proposition, d'autres non, et plusieurs grands États, l'Allemagne et le Royaume-Uni n'ont toujours pas arrêté leur position ».

En France, Christian de Pertuis, le président du comité pour la fiscalité écologique, a récemment déclaré devant la commission des Finances du Sénat lors d’une audition que la situation du marché européen du carbone est grave et que les plans avancés par la Commission européenne ne sont que de piètre « bricolage ». En ajoutant : « C'est un bricolage qui ne résout rien. Si vous retirez des quotas et vous les remettez sur les marchés en 2017, 2018, vous ne changez rien à la condition d'équilibre du marché européen des quotas ». En effet, Pertuis estime que la crise du marché du carbone est due à un « problème de gouvernance ». Il a terminé par : « Aujourd'hui, il n'y a pas une autorité publique capable de gérer correctement la mise aux enchères des quotas (...). Comment voulez-vous qu'un instrument de politique publique fonctionne s'il n'y a pas derrière un portage politique fort ? »

La solution est peut être ailleurs, le développement de l'utilisation des énergies renouvelables pourrait présenter une alternative intéressante.


Source : Vos économies d'énergie.fr