Les centrales biomasse n'entrainent pas de grandes économies d'énergie

Un rapport publié en décembre 2012 discrédite la politique énergétique qui propose la biomasse forestière comme un moyen intéressant pour produire de l'électricité. En effet, les grandes centrales à biomasse ont du mal à mobiliser de nouvelles ressources en bois-énergie, ce qui participe à fragiliser les filières existantes. Toutefois, le rapport salue le succès des filières locales.

Des projets d'économies d'énergie non aboutis

La politique énergétique qui mise sur de grosses centrales à biomasse n’affiche pas les résultats attendus. En effet, sur les quatre appels à projets lancés par la commission de régulation de l’énergie (CRE), la capacité finalement installée en 2012 est de 180 mégawatts électriques (MWe), soit à peine 10 % des économies d'énergie totale planifiée alors qu’un tiers des projets retenus a été abandonné. Le rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) qui vient de partager ces données a sollicité que cette politique nationale de gros projets soit « impérativement revue », car en plus d’être inefficace, elle fragilise grandement la filière bois-énergie en France.

Parmi les énergies renouvelables, le bois est la deuxième plus utilisée après l’hydraulique, il représente 7 % de l’énergie primaire consommée en France. Pour la prochaine décennie, les ambitions nationales en termes d’énergie renouvelable souhaitent passer à 10 %. Le fait que les forêts françaises sont sous-exploitées a tout particulièrement nourri l’idée selon laquelle l’on peut arriver à faire du mégawatt avec du bois, sans regarder l’organisation de la filière. De plus, les gros projets mis en place n’ont pas réussi à créer une offre de bois supplémentaire.

Les capacités de mobilisation locale des énergies renouvelables

Sur la douzaine de millions de m3 (Mm3) de bois supplémentaire planifiée par le Grenelle de l’environnement, l’on n’a pu mobiliser que 1 Mm3 supplémentaire. Selon Christophe Chauvin, chercheur à l’Irstea, ce décalage peut s’expliquer par une difficulté à accéder à la ressource pour les énergies renouvelables basées sur le bois, disséminé par un grand nombre de propriétaires forestiers, mais également par le prix. Le spécialiste a d’ailleurs ajouté : « Jusqu’à présent, le marché du bois-énergie était basé sur des co-produits, comme la sciure, donc sur une ressource à des coûts marginaux. Mais à partir du moment où les projets mobilisent du bois en forêt, l’industrie se heurte à des prix de revient très élevés. Les industriels qui avaient tablé sur un certain prix ne s’y retrouvent pas ».

Le rapport du CGAAER concernant « les usages non alimentaires de la biomasse » avance que la forte concurrence sur les coproduits du bois a contribué à augmenter leurs prix. Par ailleurs, l’activité de sciage qui fournit en grande partie les déchets et chutes de bois diminue de plus en plus en France à cause de la délocalisation des activités vers l’Europe centrale et vers l’Asie. Ceci a entrainé de graves conséquences; en effet, les projets de centrales qui ont abouti ont participé à créer une pression supplémentaire sur des ressources déjà exploitées. Les cellules biomasses régionales qui doivent, par l’ordre de l’État, arbitrer l’utilisation de la ressource en cas de tension, ont vu la progression de nombreux projets qui sont toutefois déconnectés des capacités de mobilisation locale.

Certaines organisations écologistes ont également donné l’alarme. Dans la Drôme, la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature lance l’alerte après avoir constaté que deux projets de centrales à Pierrelatte et Laveyron arrivent à consommer 150 000 t et 200 000 t de bois par an. Elle a même ajoutée : « Nous avançons vers une catastrophe écologique à court terme : surexploitations des milieux forestiers, coupes rases, puis transport et importation massive de bois. ». Pour sa part, Christophe Chauvin ajoute : « On est à un moment charnière avec de grosses unités qui finissent par s’installer. Et c’est imaginable de voir des cargos en provenance du Canada approvisionner des usines stratégiquement implantées sur des cours d’eau. »

Face au manque de ressource, la seule solution serait d’importer du bois à bas prix, mais est ce qu'il est raisonable de mettre un place un processus aussi couteux pour réaliser des économies d'énergie ?


Source : Vos économies d'énergie.fr